Un mot inspirant de Jacques Grand’Maison

Jacques Grand’Maison, sociologue, a rédigé un mot spécialement pour le Forum sur l’Entraide de Montréal 2010 qui est encore d’actualité pour cette nouvelle édition.

Que serait la société sans les nombreux groupes d’entraide

Depuis plus de 60 ans, je m’implique dans des groupes d’entraide en différents milieux sociaux. Encore aujourd’hui au seuil de mes 80 ans, je suis membre ou animateur de cinq groupes d’entraide. Tout au long de ma vie active en ces groupes, j’y ai vécu beaucoup de bonheur. Ils n’ont cessé de réenchanter ma vie. Comme sociologue j’étais souvent désespéré de notre société individualiste, toute occupée à ses objets de consommation. Mais c’est dans des expériences d’entraide que je retrouvais de l’espérance; une espérance dynamisante et entreprenante.

Sur ma route, j’ai été témoin actif de véritables résurrections de vie, de chez nombre de gens qui étaient enfermés dans leur solitude, leur maladie, leur deuil, leur échec amoureux ou autre, leur image négative d’eux-mêmes, et quoi d’autre encore.

Je pense à cet ébéniste retraité, amer, « critique » de la société et vide intérieurement. Je lui ai dit : « Il y a quelques jeunes chômeurs dans ta rue. Tu pourrais leur montrer ton métier ». Il a fait plus que cela; il les a aidés à bâtir une entreprise de rénovation. Fort de cette expérience, il a amené d’autres retraités à des expériences semblables. Cet ébéniste était devenu un homme heureux qui réenchantait la vie dans ses divers milieux d’appartenance.

Je pourrais écrire un gros livre sur ces centaines de chantiers qui ont jalonné ma vie. Tout a commencé en 1950 avec de jeunes chômeurs dans un projet de recyclage et de reclassement au travail. Cette réussite a inspiré les premiers programmes de recyclage au Canada. C’est ainsi qu’on est passé de la taverne au changement social et politique. Ces jeunes devenus des leaders ont amené les divers acteurs sociaux des milieux socio-économiques, scolaires, gouvernementaux, à travailler ensemble sur un projet commun. Preuve que l’entraide a plusieurs riches dimensions : sentiment d’être utile, lien social heureux et fécond, sens des responsabilités altruistes et espérance capable de vaincre bien des désenchantements. Que serait la société sans ces groupes; ils sont la santé de la société. Et surtout, ils l’humanisent.

P.S. Je tiens à souligner que les formes d’entraide les plus modestes sont aussi précieuses que des grands projets.

Jacques Grand’Maison
Sociologue
Février 2010

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