Résultats de la consultation auprès des groupes d’entraide

CONSULTATION AUPRES DES GROUPES D’ENTRAIDE (COMPTE RENDU, 2014)

INTRODUCTION

À la suite des deux (2) Forums sur l’entraide tenus à Montréal en 2010 et 2012 ainsi qu’aux commentaires présents dans les évaluations des deux événements, le comité organisateur a décidé en 2013 de planifier une consultation auprès des responsables de groupes d’entraide afin de connaître leurs besoins en matière de soutien et d’encadrement. Cette consultation s’est effectuée en deux étapes.

Le présent texte présente cette démarche ainsi que les résultats obtenus.

  1. LES GROUPES DE DISCUSSION

Dans un premier temps, deux groupes de discussion constitués respectivement de 8 et 3 responsables (11) ont été menés en novembre 2013 et avaient pour objectifs :

  • D’identifier les difficultés rencontrées et les besoins en matière de soutien et d’encadrement des responsables de groupes d’entraide;
  • Identifier les actions pouvant actualiser ce soutien et servir à l’élaboration d’un sondage auprès d’un plus grand nombre de groupes d’entraide

La validation des synthèses des groupes de discussion par les participants eux-mêmes a alors permis de ressortir cinq types de difficultés dans les groupes d’entraide : absence de ressources financières, un manque de visibilité, une difficulté de reconnaissance de la contribution des groupes d’entraide, des difficultés de recrutement et de participation ainsi que des préoccupations par rapport aux besoins changeant ainsi qu’à l’utilisation des médias sociaux. Suite à ces constats, le Forum mandate deux personnes pour élaborer ce sondage.

  1. LE SONDAGE

2.1 METHODOLOGIE UTILISEE ET PROFIL DES PARTICIPANTS

Ce sondage avait pour objectif de valider les constats amenés, d’approfondir la compréhension des problèmes rencontrés et de cibler des solutions pouvant soutenir les responsables de groupe d’entraide dans leur quotidien. La synthèse des propos issus des groupes de discussion a donc servi de point de départ pour élaborer le questionnaire. Une attention particulière a été portée à ce que la formulation des énoncés soit le plus près possible des propos tenus dans les groupes de discussion.

 

Après validation du contenu par le Forum, le sondage a été déposé sur la plateforme « Surveys Monkeys ». Un courriel invitant l’ensemble des groupes d’entraide inscrits dans le répertoire du Centre de références du Grand Montréal à répondre au sondage a été envoyé en février 2014.

Si près de 70 personnes ont débuté le sondage, c’est plus précisément 56 responsables ou membres actifs de groupes d’entraide qui l’ont complété en entier. C’est donc plus précisément à partir des réponses que nous allons exposer les résultats obtenus. Spécifions aussi que la majorité des répondants provenait du Grand Montréal ; cependant, certains groupes localisés en région ont aussi donné leur opinion. Les groupes d’entraide qui ont participé avaient des mandats diversifiés ; c’est la catégorie handicaps physiques, intellectuels et troubles d’apprentissages qui a été la plus représentée (20%) suivis par les groupes appartenant aux catégories santé physique (18%) et de santé mentale (14 %). Dans une proportion de 68% les répondants appartenaient à des groupe de 50 membres et plus. La majorité (63%) des personnes ayant répondu au sondage ont dit occuper une fonction de responsable ou de coordonnateur alors que 11% ont déclaré être membres et 14% des intervenants.

2.2 LES RESULTATS

2.2.1 LES PRINCIPAUX PROBLEMES RENCONTRES

Les groupes participants ont été invités à se positionner sur une série de difficultés énoncées lors des groupes de discussion. Pour chacun des problèmes présentés, les répondants étaient invités à indiquer leur degré d’importance.

Le tableau suivant fait état de l’ensemble de leurs réponses :

  1

 

2 3 4  
  N’est pas un problème Problème peu important Problème ayant une certaine importance Problème majeur N.A
Problème de financement pour assurer le bon fonctionnement des activités (location de locaux, renouvellement de documents, publicité). Ceci est d’autant plus préoccupant pour les groupes anonymes qui misent seulement sur les cotisations des membres.

 

4%

 

2

4%

 

2

32%

 

18

59%

 

33

2%

 

1

Problème de visibilité auprès de la population en général, et des professionnels de la santé et des services sociaux. Il y aurait un manque de ressources humaines et matérielles pour faire la promotion et le recrutement et une difficulté à faire pénétrer l’information à long terme dans les institutions.

 

4%

 

2

14%

 

8

32%

 

18

45%

 

25

 

5%

 

3

Problème de reconnaissance de la contribution spécifique des groupes d’entraide par les services sociaux et de santé. Les professionnels réfèrent peu de gens à des groupes d’entraide.

 

9%

 

5

21%

 

12

36%

20

30%

17

4%

2

Problème d’assiduité aux rencontres et stabilité des groupes : les programmes avec un nombre prédéterminé de rencontres ont un taux de participation variable d’une personne à l’autre et d’une rencontre à l’autre. De plus, les membres participent aux groupes lorsqu’ils sont en crise, mais sont moins enclins à s’investir dans un groupe à moyen ou long terme. Pour les groupes anonymes ouverts, le défi est d’encourager les membres à revenir après la première rencontre.

 

11%

 

6

23%

 

13

45%

 

25

18%

 

10

4%

 

2

Problème d’engagement et d’encadrement des membres bénévoles à long terme. Il y aurait des difficultés de répartition des tâches et donc un essoufflement des bénévoles qui doivent assumer beaucoup de responsabilités.

 

13%

 

7

23%

 

13

21%

 

12

29%

 

16

14%

 

8

Problème lié aux défis de l’utilisation des réseaux sociaux comme moyen de communication pour recruter des membres et amorcer une dynamique d’entraide. Par exemple, l’anonymat et la sécurité des informations.

 

14%

 

8

32%

 

18

36%

 

20

13%

 

7

5%

 

3

Autres (ajouts ou précisions)

 

1.       

Ressources humaines

 

2.      Remplacer l’animateur en cas de maladie

3.      Pour engager des professionnels qualifiés Roulement du personnel et coût de la formation

Visibilité et reconnaissance

 

1.      La visibilité médiatique vu l’anonymat du groupe Actualiser l’image du mouvement et le fonctionnement des réunions pour se libérer des préjugés

2.      Méconnaissance du problème (personne immigrée et handicapée) donc les personnes sont mal orientées

 

Problème lié à l’instauration de nouveaux groupes

 

3.      Difficulté de commencer les groupes francophones

4.      Difficulté à créer de nouveaux groupes dans les régions non desservies où des besoins se font sentir/recrutement de membre au CA

 

En observant le tableau ci-haut, on remarque rapidement que les résultats des groupes de discussion se confirment. Si l’on additionne les pourcentages des catégories problèmes majeurs et problèmes ayant une certaine importance, les quatre premières difficultés obtiennent tous un score de plus de 60 % : les difficultés de financement obtiennent 91%, le problème de visibilité obtient 77%, celui de la reconnaissance 66%, et les problèmes d’assiduité aux rencontres et stabilité obtiennent 63 %.
Les problèmes d’engagement des membres et d’encadrement des bénévoles et les problèmes liés aux défis d’utilisation des réseaux sociaux obtiennent respectivement 50 et 49%. Malgré ces quelques points d’écarts, il demeure que pour chacun des problèmes énumérés, il y a seulement un faible pourcentage des répondants (moins de 15%) qui ne les considèrent pas comme des problèmes.

 

Maintenant, voyons ce que les répondants ont privilégiés comme solutions !

2.2.2 LES PISTES DE SOLUTIONS SOUHAITABLES

Pour cette question, les répondants étaient invités à indiquer dans quelle mesure les pistes de solutions leur étaient souhaitables.

Le tableau suivant fait état de l’ensemble de leurs réponses :

 

  1. Aucunement souhaitable 2. Moyennement souhaitable 3.

Hautement souhaitable

Mettre en place un organisme qui aurait comme fonctions: la promotion des groupes d’entraide, la formation, le soutien pour le financement, l’organisation d’évènements, etc.

 

18%

 

10

38%

 

21

45%

 

25

Mettre en place une table de concertation élargie avec des groupes d’entraide de différents secteurs qui aurait comme fonctions : la promotion des groupes d’entraide, la formation, le soutien pour le financement, l’organisation d’évènements, etc.

 

25%

 

12

39%

 

22

39%

 

22

Favoriser la mise en place de tables de concertation réunissant les groupes d’entraide de même nature qui auraient comme fonctions: la promotion des groupes d’entraide, la formation, le soutien pour le financement, l’organisation d’évènements, etc.

 

13%

 

7

39%

 

22

48%

 

27

Instaurer une semaine de promotion de l’entraide 7%

 

4

41%

 

23

52%

 

29

Organiser un troisième forum sur l’entraide en tenant compte des évaluations des deux forums précédents

(voir site : www.forumentraide.org)

 

7%

 

4

52%

 

29

41%

 

23

Autre

 

Visibilité et reconnaissance

 

1.      Sensibilité les organismes de renseignements généraux à la présence des groupes de soutien et de leur gratuité.

2.      Financer une publicité annonçant les groupes

3.      Faire la promotion des groupes d’entraide

4.      Promouvoir l’aide auprès des hommes

Ressources humaines et matérielles

 

5.     Augmenter le financement accessible aux OSBL

6.     Sensibiliser les fondations à adopter une approche soutien à la mission et non par projet

7.     Partage de ressources ex. locaux; porte-paroles pour promotion; lobbying politique/institutionnel pour reconnaissance

8.     Formations sur la promotion des groupes d’entraide, la formation, le soutien pour le financement, l’organisation d’évènements, etc

9.     Faire une étude des coûts épargnés en santé mentale et physique que représentent les groupes d’entraide gratuits

10.  Intégrer les groupes anglophones dans le plan stratégique

 

 

 

Le tableau ci-haut met en évidence qu’aucune des pistes de solutions proposées ne se démarque réellement puisque l’ensemble des pistes semble considéré par la majorité des répondants comme étant moyennement ou hautement souhaitable. Cette absence de différenciation permet toutefois de déduire que les groupes qui ont participé au sondage ont besoin de soutien et ont effectivement envie que des actions soient posées en ce sens. Ces résultats ne nous permettent donc pas de cibler une piste de solution qui serait à privilégier à ce moment-ci de la consultation. La formulation de la question n’a probablement pas facilité la tâche des répondants. En effet, une demande de classification de ces pistes de solutions par ordre de priorité par exemple aurait peut-être permis de mieux connaitre leurs intérêts. De plus, certains répondants ont suggéré d’autres pistes de solutions non mentionnées à l’intérieur du sondage. Il serait aussi intéressant de revenir sur certaines de ces pistes de solution lors d’une consultation future.

Bref, si le sondage a permis de confirmer que les responsables de groupes d’entraide éprouvaient effectivement le besoin de recevoir du soutien et un désir de se concerter davantage, les résultats ne nous permettent pas de cibler une piste d’action.

2.2.3 Un clin d’œil à la littérature

Les difficultés mentionnées ne sont typiquement montréalaises ou québécoises. Une étude auprès de 253 groupes portant sur les facteurs de survie des groupes d’entraide américains (Wituk, Shepherd, Slavich, Warren, et Meissen, 2002) relève les mêmes types de problème ou de préoccupations. Par exemple, dans cette étude, les auteurs en arrivent à la conclusion que les groupes d’entraide qui ont le plus de chance de longévité sont ceux qui font partie de regroupement. De la même façon, avoir des contacts et des partenariats avec des établissements, être assurés d’avoir des références, d’un soutien logistique et financier sont aussi selon ces auteurs des conditions essentielles au maintien des groupes d’entraide. L’étude met aussi en perspective que la vitalité des groupes d’entraide est intimement reliée au recrutement de nouveaux membres.

CONCLUSION

Les difficultés mentionnées touchent le cœur même de la vitalité des groupes d’entraide. C’était une des raisons pour lesquelles le Forum du Grand Montréal a voulu relancer les groupes d’entraide. Cependant, la situation actuelle des groupes d’entraide ne semble pas permettre une action d’ensemble. Espérons que les efforts consentis dans cette démarche sauront faire sens et pourront servir la cause des groupes d’entraide.

Wituk, S., Shepherd, M., Slavich, S., Warren, M., et Meissen, G. (2002). «Factors contributing to the survival of self-help groups ». American Journal of Community Psychology, 30 (2), p. 349-366.

Le comité du Forum sur l’entraide, le 19 novembre 2015

(Source : Ginette Berteau, professeure, École de travail social, UQAM

courriel :berteau.ginette@uqam.ca)