À propos

L’ENTRAIDE AU SECOURS DE L’ENTRAIDE

Le médecin de Lise vient des lui apprendre qu’elle souffre d’un cancer du sein, celui de Jessica d’un cancer des ovaires. Les parents de Cédric découvrent que leur fils consomme de la cocaïne. Aline, récemment divorcée, vit sa situation dans la honte et le désarroi. Âgé de 56 ans, Jean-Pierre cherche un sens à sa vie, tant professionnelle que personnelle, tout en n’osant pas s’en ouvrir à sa conjointe ou à un ami. Toutes ces personnes, et bien d’autres, vivent, à des degrés divers, des souffrances et cherchent de l’aide. Certes, il existe des professionnels de la santé (médecins, infirmières, travailleurs sociaux, psychologues, etc.) compétents et dévoués, que certains consultent et d’autres pas, mais les exigences du système sont telles que leur disponibilité est limitée. Certaines personnes, pour des motifs qui leur appartiennent, se sentent plus à l’aise de parler de certaines choses avec des gens qui partagent la même souffrance, parfois tout en profitant de services professionnels. Pour ces personnes, il existe ce qu’on appelle des groupes d’entraide où des individus, réunis par une problématique identique, se rencontrent sur une base régulière pour échanger sur leur vécu, exprimer leurs craintes, leurs colères, leurs angoisses, leurs espoirs dans un climat de compréhension et de fraternité. Or, le remarquable travail de ces groupes d’entraide est trop souvent méconnu, il est même parfois dévalorisé. C’est ce constat qui a amené un comité de travail à chercher des moyens pour faire mieux connaître et reconnaître les groupes d’entraide dans le Grand Montréal.

Un comité de travail sur l’entraide

En mars 2009, à l’instigation de monsieur Jean-Marie Romeder, un ex-fonctionnaire du ministère fédéral de la santé à Ottawa, préoccupé depuis longtemps par la question des groupes d’entraide, un premier comité de travail se réunit dans une salle de l’Université du Québec à Montréal, gracieuseté de madame Ginette Berteau, professeure en travail social dans cette institution. Le comité compte six personnes, auxquelles s’ajoutera un septième participant en cours de route. Toutes ces personnes sont vivement intéressées par la situation des groupes d’entraide, soit de par leur travail, soit parce qu’elles ont bénéficié de leurs services. Parmi les membres du comité, on compte deux personnes du Centre de référence du Grand Montréal, dont madame Lorraine Bilocq Lebeau, alors directrice générale de l’organisme. À son invitation, dès la troisième réunion, la presque totalité des rencontres du comité de travail se tiendra dans une salle du Centre de référence. De plus, le Centre accepte de s’impliquer activement dans les travaux du comité.

Un premier forum : L’entraide, c’est rendre possible

Dès la première rencontre, l’objectif du comité est d’organiser un forum d’une journée, dont le but serait de faire connaître les groupes d’entraide. Le forum vise principalement les professionnels de la santé, ainsi que les étudiantes et étudiants du même domaine, afin de les sensibiliser à l’existence des groupes d’entraide et au soutien complémentaire que ces groupes apportent aux interventions des spécialistes. L’essentiel du déroulement de la journée reposera sur divers témoignages de personnes bénéficiant des services offerts par les groupes d’entraide ou de soutien et d’échanges entre divers intervenants et les participants à la rencontre.

Au départ, l’organisation de ce forum fut assez ardue. Il fallait trouver un lieu, des participants qui accepteraient de témoigner et des personnes intéressées à prendre en charge la logistique d’une telle opération (contact avec les organismes, inscriptions, etc.). L’aide d’étudiantes en travail social et en communication de l’UQAM et leur dynamisme furent alors hautement appréciés. La recherche de financement fut assez difficile, surtout dû au fait que le comité de travail n’était pas connu des donateurs sollicités.

Sous le titre de L’entraide, c’est rendre possible, ce premier forum aura lieu le 17 mars 2010 dans la salle Alfred-Laliberté de l’UQAM. Il attirera 105 participantes et participants, de même qu’une quinzaine d’exposants qui profiteront de kiosques pour faire connaître leur organisme. Les personnes présentes ont pu entendre la lecture d’un texte de monsieur Jacques Grand’Maison, spécialement écrit pour l’occasion. L’évaluation de la journée, suite à la compilation des commentaires recueillis, a révélé un taux élevé de satisfaction et, comme on pouvait s’y attendre devant de tels résultats positifs, un désir pour un second forum.

Un second forum : Espoir dans la cité

Ce second forum se tiendra le 3 octobre 2012 à l’hôpital Louis-Hippolyte Lafontaine. Entre temps, le comité aura vu sa composition légèrement modifiée, suite à des départs et à l’ajout de nouvelles personnes, tout en conservant la majorité de ses premiers membres. Sous le thème Espoir dans la cité : les groupes d’entraide et de soutien, le deuxième forum a profité de la générosité de monsieur Guy Corneau qui a bénévolement accepté de prononcer la conférence d’ouverture : S’entraider, le message de la vie. Le déroulement de la journée a adopté sensiblement celui du forum de 2010, avec la présentation de témoignages et d’échanges entre divers intervenants et avec les participantes et participants. Ce second forum a bénéficié de la présence d’un nombre accru d’exposants (une vingtaine environ), les participantes et participants furent également plus nombreux, rejoignant ainsi 114 personnes. La rencontre fut très appréciée et, comme en 2010, un autre forum a été souhaité.

Une consultation

Au lendemain du deuxième forum, le comité de travail s’est interrogé sur les modalités du suivi, désireux de mieux répondre, si possible, aux besoins des groupes d’entraide. Plusieurs membres exprimaient également l’intention se retirer et souhaitaient une relève susceptible d’insuffler un nouveau dynamisme au comité. Dans ce contexte, une consultation auprès des groupes d’entraide du Grand Montréal a été menée en 2013-2014. Trois démarches ont alors été mises sur pied.

La première a consisté en deux groupes de discussion et a rejoint onze organismes différents. Le but de cette opération était d’identifier les principaux besoins des groupes d’entraide, afin d’élaborer un questionnaire qui serait validé par un plus grand nombre de groupes. À partir des résultats obtenus, la seconde démarche a été de sonder l’ensemble des groupes d’entraide et de soutien inscrits au répertoire du Centre de références du Grand Montréal. Quelques 56 groupes y ont participé. Les résultats du sondage confirment que les groupes d’entraide rencontrent des difficultés importantes dans une proportion de 60% et plus sur les plans suivants : le financement, la visibilité, la reconnaissance, l’assiduité et l’engagement des membres. Les solutions envisagées laissent entrevoir un besoin très important de « soutien ». Ainsi, les solutions les plus recherchées concernent la mise en place d’un lieu ayant pour fonction la promotion d’un groupe d’entraide, la formation, le soutien pour le financement et l’organisation d’événements ou encore la mise en place d’une table de concertation pour le groupes d’entraide. Aucune des pistes de solutions proposées ne se démarque alors réellement et à première vue, elles semblent tout aussi importantes les unes que les autres (pour avoir plus de détails sur cette consultation, voir www.forumentraide.org)

Ces conclusions ont conduit le comité vers la troisième démarche qui a consisté à solliciter les groupes d’entraide le désirant à se donner un plan d’action à partir des résultats obtenus aux deux premières étapes et à prendre ainsi sa relève. Si les résultats du sondage ont permis de clairement établir les besoins prioritaires des groupes d’entraide, il n’en a pas été de même de la recherche d’une relève. Malgré de multiples rencontres depuis plus d’un an, rencontres regroupant parfois plusieurs participantes et participants intéressés par la question, il a fallu se rendre à l’évidence : les personnes impliquées dans les groupes d’entraide et de soutien, le plus généralement à titre de bénévoles, implication à laquelle s’ajoutent très souvent un travail rémunéré et une vie familiale, ne disposent pas du temps requis, ni des ressources nécessaires pour participer activement à un autre comité et répondre adéquatement aux exigences d’une telle participation.

Un site web au service des groupes d’entraide

À cette étape de sa réflexion, le comité prend acte de la situation et envisage la possibilité de mettre au service des groupes d’entraide le site web créé lors de la mise en place du premier forum (www,forumentraide.org). Ce site pourrait servir de babillard à tous les groupes d’entraide et de soutien qui feraient, entre autres, connaître leurs services et leurs activités. Le comité est conscient que, avec cette offre, il lance aux groupes d’entraide et à la collectivité le défi de se prendre en main pour répondre eux-mêmes à leurs propres besoins. Il espère aussi que l’appropriation du site par les groupes d’entraide permettra l’émergence de projets susceptibles de répondre encore mieux à leurs besoins.

À l’heure d’un désengagement accru de l’État, le comité est d’avis que les groupes d’entraide et de soutien ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour occuper dans la cité l’indispensable place qui leur revient. Il faut mettre l’entraide au secours des groupes d’entraide. Lise et son cancer du sein, Jessica et son cancer des ovaires, les parents de Cédric et la dépendance de leur fils, Aline et son divorce, Jean-Pierre et son questionnement existentiel comptent sur les groupes d’entraide pour soulager un tant soit peu leurs souffrances et leur désarroi.

Et ce, de façon continue, sans rupture de service.

Le comité de travail sur les groupes d’entraide

2015-11-20

Pour plus d’informations, on peut contacter madame Pierrette Gagné, directrice générale du Centre de référence du Grand Montréal au 514-527-1375.